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Rémi Lamerat

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Rémi Lamerat Empty Rémi Lamerat

Message  patrick le Ven 4 Jan 2019 - 14:49

1er article sur le Girondin qui nous rejoindra cet été :

L'Equipe

Rémi Lamerat « DANS CES CAS-LÀ, TU TE FAIS TOUT PETIT »
LC

De notre envoyé spécial

CLERMONT-FERRAND - Rémi Lamerat a connu des années beaucoup plus linéaires dans sa carrière. Ces dernières semaines, le centre clermontois de vingt-huit ans a notamment passé plus de temps à l'infirmerie que sur les terrains. En cause, une commotion cérébrale qui l'a privé de la tournée de novembre avec les Bleus, puis une blessure musculaire qui a différé son retour en Top 14 à Noël. Le début de l'année 2018 n'avait pas été folichon non plus avec, en point d'orgue, la fameuse virée nocturne agitée d'Édimbourg après l'Écosse-France du dernier Tournoi des Six Nations (32-26). Huit joueurs, dont Lamerat, étaient sortis après le match dans les bars de la capitale écossaise. L'ancien Castrais et cinq autres joueurs avaient été débarqués de l'avion par la police le lendemain matin et entendus comme témoins après un signalement pour agression sexuelle. L'enquête avait déterminé qu' « aucun crime » n'avait été commis, mais les joueurs concernés avaient été temporairement écartés du groupe. Une péripétie que le joueur a accepté d'évoquer le temps d'un repas, tout comme son idée de reconversion au poste de troisième-ligne aile et l'apprentissage de son futur métier de vigneron.

« Avez-vous eu peur de ne plus faire partie des plans du sélectionneur après l'épisode d'Édimbourg ?

Non, parce que je ne me suis jamais senti légitimement installé en équipe de France. Cette sélection n'appartient à personne. Pendant le Tournoi des Six Nations 2018, l'équipe tournait bien sans moi, il n'y avait donc aucune raison que je sois appelé une fois ma sanction terminée.

Avez-vous accepté cette punition sans rechigner ?

Oui, j'ai compris cette mise à l'écart parce qu'on a un devoir de représentation, une image de l'équipe de France à respecter. C'est plus ce qui s'est dit autour de moi que j'ai eu du mal à accepter, parce que c'est quelque chose que je ne pouvais pas maîtriser. Dans ces cas-là, tu te fais tout petit et tu donnes tout sur le terrain pour essayer de te rassurer. En fait, je me suis servi de cette histoire comme motivation supplémentaire pour être bon avec Clermont. J'ai pris ça comme un coup de "boost".

Votre présence sur la liste des joueurs pris par la patrouille au lendemain de la nuit d'Édimbourg a beaucoup surpris...

Ceux qui me connaissent savent que suis assez fêtard. Ce sport demande tant de sacrifices qu'on a parfois besoin de décompresser. Évidemment, cette histoire te fait réfléchir. Tu te dis qu'en équipe de France, tu as plutôt intérêt à attendre la fin de du Tournoi ou d'une tournée avant de partir en virée.

Vous en voulez-vous encore d'être sorti après une défaite ?

Je m'en suis surtout voulu de voir mon nom associé à des histoires rocambolesques, parce que ça a forcément touché ma famille et mes proches. En fait, ça leur a fait plus mal qu'à moi. Mais ils me connaissent, ils ont su faire le tri et ça m'a vite rassuré.

Pourquoi avez-vous mis autant de temps à accepter d'évoquer cette histoire ?

Quand j'ai vu tout ce qui s'écrivait là-dessus, j'ai préféré couper. Je n'avais pas envie de me justifier, ça n'aurait servi qu'à rajouter de l'huile sur le feu et qu'à inciter les gens à fantasmer encore plus. Certaines personnes ont porté des jugements sur cette affaire sans savoir ce qui s'est exactement passé. Du coup, j'ai ressenti la nécessité de prendre du temps avant de l'évoquer. Et puis, sincèrement, je n'ai jamais eu le sentiment d'avoir besoin de me justifier. Bizarrement, je n'ai jamais vu dans la presse le communiqué officiel de la police écossaise qui disait qu'on avait été entendus comme simples témoins et qu'aucune plainte n'avait été déposée. Mais ça, évidemment, ça faisait sûrement moins fantasmer les gens...

Serait-ce une catastrophe, pour vous, de rater la prochaine Coupe du monde au Japon ?

J'avais raté de peu la précédente en Angleterre (il avait fait partie des cinq joueurs recalés au dernier moment) . Mais sans regret, même si ça avait été dur à digérer sur le coup. Ce n'était pas le moment, c'est tout. Là, l'âge avançant, je me dis forcément que, si je dois en disputer une, ça sera celle du Japon. Ce sera clairement ma dernière chance parce qu'après, derrière, arrive une jeune génération pétrie de talent qui sera compétitive pour la Coupe du monde en France, en 2023. Mais je ne me suis jamais fixé l'équipe de France comme un réel objectif.

Pourquoi ? On a l'impression que vous avez toujours sous-estimé votre potentiel...

Non, je ne suis pas en train de me rabaisser. Mais ce n'est pas parce que tu as joué trois Tournois et accumulé 19 sélections que ta place est assurée chez les Bleus. Moi, j'ai toujours donné la priorité à mon club, parce que c'est grâce à mes performances avec lui que je serai ou non sélectionné en équipe de France. Sincèrement, j'ai envie d'être le plus compétitif possible pour cette Coupe du monde, mais je ne me lève pas tous les matins en me disant que ça serait la fin du monde si je n'y allais pas. Si je ne dispute aucune Coupe du monde dans ma carrière, c'est que cette compétition n'est pas pour moi, tout simplement. »

« Avez-vous été récemment tenté, comme beaucoup de trois-quarts, de perdre du poids pour gagner en explosivité ?

J'ai la chance de pouvoir prendre ou perdre 10 kg en un mois sans trop d'efforts. Après, on a tous un poids de forme. Chez moi, il se situe entre 103 et 105 kg. À une époque, j'avais perdu une dizaine de kilos pour me retrouver à 92 kg. Je me sentais bien dans ma peau, mais ce n'était pas forcément mieux sur le terrain. Je veux dire par là que ce n'était pas parce que j'étais plus léger que j'avais récupéré le gaz de Damian (Penaud) ou de Gaël (Fickou) pour m'engouffrer dans les intervalles.

Il paraît que vous avez envisagé une reconversion au poste de troisième-ligne...

Oui, on l'a évoqué avec le staff de l'ASM quand on a commencé à discuter d'une éventuelle prolongation de contrat en février ou mars dernier. Je ressentais le besoin d'un nouveau challenge. Vous savez, j'étais venu à Clermont pour être champion de France sur le terrain (*) , et j'ai eu la chance de toucher le bouclier de Brennus dès ma première saison de contrat (2017). Je me suis alors posé la question : "Et maintenant, qu'est-ce que tu fais ?" L'âge arrivant, j'ai eu envie de me remettre en danger. Alors, à force de me faire chambrer par mes partenaires, qui s'étonnaient de me voir aller dans les rucks pour accomplir un travail d'avants, j'ai fini par évoquer cette éventuelle reconversion en troisième-ligne avec le staff. Et c'est là que Franck Azéma m'a dit qu'il y avait aussi pensé avec Bernard Goutta (adjoint en charge des avants).

Et donc ?

Là-dessus, Bordeaux-Bègles est venu me proposer un contrat de quatre ans qui correspond exactement au projet de vie que je me suis fixé. L'ASM, de son côté, m'a proposé une prolongation de contrat de deux saisons, plus une troisième en option, au poste de troisième-ligne. Voilà, j'ai dû choisir entre deux beaux challenges.

L'UBB compte-t-elle aussi vous utiliser comme troisième-ligne aile ?

(Sourire.) Non. Si je vais là-bas, ça sera pour jouer centre.

Qu'est-ce qui vous laisse penser que vous pourriez aussi tirer votre épingle du jeu au poste de flanker ?

Mes stats à l'entraînement et en match. À Clermont, je ne partirai pas titulaire à ce poste, c'est certain, au regard des autres joueurs qui composent l'effectif, mais je m'y plairais et je pense que je pourrais y rendre service de temps en temps. J'ai tellement d'activité sur le terrain que Franck (Azéma) est parfois obligé de me brider. Au printemps 2017, lors d'un quart de finale de Coupe d'Europe contre Toulon ( 29-9) , j'avais parcouru 10 km en quatre-vingts minutes ! C'est beaucoup pour un centre. J'aime aller chercher de l'activité aux quatre coins du terrain et je sais que les troisième-ligne font exactement ce boulot-là. »

« Signer à l'UBB vous permettrait de bâtir un pont entre votre vie actuelle de rugbyman et celle d'après, espérée dans la viniculture...

Oui, et ce n'est pas négligeable.

Où en êtes-vous de votre BTS en oenologie ?

En plein dedans. Je fais actuellement un stage de taille de la vigne chez un vigneron des côtes d'Auvergne. Juste avant, j'ai participé aux vendanges et aux vinifications dans une coopérative près de Clermont, Desprat-Saint-Verny. En parallèle, je fais office d'ambassadeur pour la boîte d'un négociant bordelais, Bertrand Ravache. Je participe à des salons, des choses comme ça. Et je suis évidemment des cours avec le CNEAC (Centre national d'enseignement agricole par correspondance). C'est une formation sur quatre ans. J'ai une première session d'examens en juin prochain, puis deux autres en 2020 et 2021.

Comment conciliez-vous ça avec votre job de sportif professionnel ?

Je fais mes stages sur mes temps de repos, en gros trois fois par semaine. J'écoute les gens, j'observe leur façon de faire. Je m'achète aussi tout un tas de bouquins pour me documenter.

Comment est né votre amour pour la vigne et le vin ?

J'ai des copains d'enfance qui possèdent des vignes, un arrière-grand-père qui en avait planté sur ses terres en friche, un oncle qui est maître de chai et mon père qui a bossé dans l'imprimerie des étiquettes de vin... J'ai toujours baigné dans ce milieu, de près ou de loin. Dans la région où je suis né, de tout façon, c'est inévitable (il a grandi à Sainte-Foy-la-Grande, en Gironde) . Chez moi, il y a toujours eu du vin à table. Mais c'est en grandissant qu'on se met à l'apprécier. Aujourd'hui, c'est devenu une passion. Alors quand s'est posée la question de savoir ce que je voudrais faire plus tard, la réponse n'a pas traîné.

Comment aimeriez-vous travailler dans ce secteur ?

Je me vois plus dans la partie production. Le travail du viticulteur m'attire, faire venir le raisin, le transformer en vin, etc. L'idée serait de travailler sur le terrain pendant deux ou trois ans, de me balader à droite ou à gauche pour apprendre. Et, après, de saisir une belle opportunité et d'acheter des vignes. Mon rêve serait de voir un jour les gens prendre du plaisir en buvant mon vin. Au début, ces gens-là l'achèteront peut-être parce qu'il portera le nom d'un ancien joueur de rugby, mais juste après l'avoir goûté, j'aimerais qu'ils se disent aussi : "Tiens, c'est vraiment pas mal ce qu'il fait !"

Y a-t-il un lien entre le vin et le rugby ?

Oui. Déjà, dans les deux cas, aucune saison ne ressemble à une autre. Vous êtes dépendant de dame nature, d'un côté, et des aléas du sport professionnel comme les blessures, de l'autre. Le rugby est aussi un sport de partage et de convivialité. Des valeurs qu'on retrouve dans le vin.

Quels sont les bons vins que vous nous conseilleriez aujourd'hui ?

Plutôt un rouge qui a de la maturité, assez rond, charnu et qui a suffisamment d'acidité pour pouvoir se garder dans le temps et être ainsi ouvert pour une bonne occasion. En blanc, je vous conseillerais la Légendaire, de la cave Saint-Verny, un 100 % chardonnay élevé en fûts de chêne, ou un Château Cazette 100 % sauvignon, très minéral, à boire dans l'année. Et en rouge, je partirais sur un Leo by Leo, un haut de gamme de chez Bertrand Ravache, un Clos d'Ora de chez Gérard Bertrand, ou une cuvée de Benoît Montel, le Sang des Volcans. »

(*) Rémi Lamerat n'a pas disputé les phases finales lors du titre de champion de France de Castres en 2013.

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