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1906 - 4e titre de CDF de l'Union

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1906 - 4e titre de CDF de l'Union

Message  patrick le Lun 10 Mar 2008 - 14:33

De 1899 à 1908, 7 des 10 finales jouées proposeront la même affiche entre les deux clubs du Stade Français et du Stade Bordelais. L'année 1906, date du premier match du XV de France n'échappera pas à la règle. La finale a lieu le 8 avril au Parc des Princes. Les joueurs du Stade Bordelais Université Club battent pour la troisième année consécutive ceux du stade Français. La différence est comme l'année précédente de 9 points : 9 à 0 pour le SBUC.
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1er janvier 1906 : « Pouvons-nous compter sur vous ? »

Message  Alain le Ven 18 Déc 2009 - 22:44



Pour remonter aux sources du XV de France, nous avions suivi les flâneries du Gave de Pau, après Pau et Orthez. Le cours de la rivière nous avait conduit à une demeure cossue de Salies-de-Béarn où les rhumatismaux prennent les eaux et où le docteur Jacques Duffourcq avait pris sa retraite.
Les volets de la demeure étaient mi-clos. Le docteur devait faire sa sieste. Nous avions patienté avant de pousser le bouton argenté de la sonnette. Un « jeune » nonagénaire nous avait ouvert : en cet hiver 1973, Jacques Duffourcq avait 92 ans mais n’en paraissait que 70. L’œil était malicieux, les épaules roulaient comme navires un soir de mouillage au port de Cardiff. A cette époque, il était le doyen des internationaux français et le dernier survivant de la première équipe de France de tous les temps, opposée à l’équipe nationale de Nouvelle-Zélande, le 1er janvier 1906, au Parc des Princes de Paris. Deux ans plus tard, Jacques Duffourcq s’en est allé rejoindre ses quatorze équipiers.
Ce jour de novembre 1973 où nous lui avions rendu visite à Salies-de-Béarn, il nous avait guidé jusqu’à son ancien cabinet, peuplé de bouddhas et de statues chinoises. Calé derrière son bureau, il s’était étonné que nous nous étonnions devant sa carte d’international numéro 10 : « Aurais-je joué arrière et non demi d’ouverture, c’est moi qui aurais eu la carte numéro 1 », avait-il glissé, malicieux. Puis il nous avait entraîné pour un voyage dans le temps, forcément passionnant.
« J’ai découvert le rugby au collège de Pau durant mes humanités. Nous avions d’abord joué à la barette, puis au rugby : il était le sport à la mode. Notre équipe portait le fier nom des « Coquelicots ». Un beau jour de décembre 1905, le jeune médecin – qui venait d’ouvrir cabinet à Salies-de-Béarn – reçut une lettre portant l’insigne de l’USFSA (Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques, créée par le baron Pierre de Coubertin). Soixante-huit ans plus tard, la lettre était soigneusement pliée dans le second tiroir de son bureau, quoique parcheminée.
« Tenez… lisez ! » :
« Monsieur et cher camarade,
« J’ai l’honneur de vous informer que vous avez été désigné par la commission centrale de rugby pour jouer dans l’équipe nationale, le lundi 1er janvier prochain, à 2 heures, au Parc des Princes, contre l’équipe nationale de Nouvelle-Zélande.
« Je vous prie de vouloir bien m’informer par retour du courrier si nous pouvons compter sur vous.
Signé : Charles Brennus. »
« Après avoir donné mon accord à Brennus, s’était-il souvenu, j’avais pris le train en gare de Pau afin de rallier Paris. Le voyage avait duré toute la nuit de réveillon et je n’avais pas fermé l’œil : les banquettes étaient dures en ce temps-là… J’avais rejoint le Parc des Princes à 13 heures, soit une heure avant le coup d’envoi. C’est en poussant la porte du vestiaire que j’avais fait connaissance avec la plupart de mes équipiers. Lacassagne et Branlat étaient même mes camarades au Stade Bordelais. Mais la plupart m’était inconnu : l’USFSA avait formé une équipe très parisienne.
« Notre arrière était un Anglais, gros industriel de Cockermouth, installé au Havre, William Crichton. Il portait un casque afin de se protéger les oreilles et avait joué en… gants noirs. Deux autres Anglais étaient réservistes : Lewis et Wood.
« Nous comptions également dans nos rangs un Américain de Philadelphie, Alan Muhr, surnommé « Le Sioux ». Il mourut de faim, quarante ans plus tard, dans un camp de concentration, tout comme notre trois-quarts centre à ce match, Henri Levée.
« Deux autres de nos équipiers étaient de race noire : un pilier du nom d’André Vergès, étudiant mulâtre, et un seconde ligne, Georges Jérôme, né à Cayenne, et qui mesurait, tenez-vous bien 1 mètre 71 pour 74 kilos de muscles…
« Charles Brennus nous tendit un maillot blanc, orné de deux anneaux rouge et bleu entrelacés sur la poitrine, sans numéro dans le dos. Un photographe vint nous chercher. Nous posâmes à tour de rôle. Nos adversaires m’avaient parus si grands et si beaux que je leur avais tâté les muscles, en un mouvement d’admiration craintive. Eux avaient tiré la barbe de notre talonneur, Dedeyn : un joueur de rugby barbu, ils n’avaient jamais vu ça dans leur île du bout du monde ! De même étaient-ils imberbes alors que tous, nous portions moustache : cela les avait beaucoup amusés. »
De ce premier match de l’histoire du XV de France, Jacques Duffourcq nous avait avoué n’en conserver qu’un souvenir écorné : le temps est passé, qui a brouillé les images :
« Je me rappelle toutefois que les chroniqueurs sportifs avaient attribué le second essai français à Jérôme, alors que c’est bien moi qui avais plongé le premier après un coup de pied à suivre de mon ami Lacassagne. Mais peu importe… Les Néo-Zélandais possédaient une curieuse façon de se placer en mêlée : ils n’étaient que deux en première et en troisième lignes. Par contre, ils se comptaient trois en seconde ligne. Leur numéro 8 s’appelait « winger » et effectuait les introductions en mêlée : il s’agissait de Dave Gallaher, leur capitaine. Ils étaient également curieusement organisés en attaque, avec deux demis d’ouverture appelés cinq-huitièmes. »
Nous lui avions suggéré qu’à huit contre sept, les avants français avaient dû faire reculer leurs rivaux. En guise de réponse, il s’était esclaffé de rire :
« Lorsque vous vous trouvez devant le Pic du Midi d’Ossau, vous pouvez bien vous mettre à mille : il ne bougera pas de place. Les Néo-Zélandais, c’était la même chose ! »
Malgré un temps de chien, un public enthousiaste s’était déplacé au Parc des Princes, attiré par les Néo-Zélandais, qui venaient de signer la première et la plus incroyable de leurs tournées. Commencée le 16 septembre 1905 en Angleterre, elle s’achevait près de quatre mois plus tard, le 1er janvier 1906. Les All Blacks ne s’étaient inclinés qu’une seule fois, 3 à 0, contre les Gallois.
Le dimanche 31 décembre 1905, les All Blacks avaient joué et gagné à Swansea. Le soir du match, ils avaient pris le bateau, débarquant à Boulogne-sur-Mer le matin du 1er janvier, puis prenant le train en direction de Paris. Le temps de poser leurs volumineux bagages à l’hôtel de Saint-Pétersbourg, ils avaient pris le chemin du Parc des Princes, totalement exténués. Ils l’emportèrent toutefois par 38 à 8, réussissant dix essais contre deux.
« Nous avions regagné le vestiaire avec le sentiment d’avoir fait mieux que résister, avait souri Jacques Duffourcq en refermant son livre aux souvenirs. Nous étions certes très loin des Néo-Zélandais qui nous avaient outrageusement dominés, mais nous nous considérâmes, en toute modestie, comme des élèves doués… »
Avant de nous serrer la main, Jacques Duffourq nous avait tendu une médaille sur laquelle un coq triomphant chantait fièrement sur fond bleu-blanc-rouge.
« Ah ! J’oubliais… » : de sa main fripée, il avait déplié une feuille jaunie portant le menu du banquet qui avait suivi ce France-Nouvelle-Zélande. Les plats se comptaient aussi nombreux que les joueurs sur le terrain.
« Je me souviens d’avoir beaucoup chanté, soupira-t-il. J’avais le sentiment que le rugby était une bien belle chose qu’il fallait prendre à bras le corps. Par contre, j’ignorais que la vie passait très vite. »
Sur ces mots, nous avions refermé la porte du cabinet du docteur Jacques Duffourcq, route de Bayonne à Salies-de-Béarn. Nous ne devions plus le revoir.

Jean-Paul Rey


Trente-six lignes de journal à l’époque…

« Match France-Nouvelle-Zélande : victoire des coloniaux par 38 points à 8.
« Paris, 2 janvier – Le match sensationnel qui devait mettre aux prises la fameuse et invincible équipe de la Nouvelle-Zélande, avec une équipe formée d’excellents joueurs français, a eu lieu lundi après-midi, par un très mauvais temps, au vélodrome du Parc des Princes, à Paris. Les Zélandais, en triomphant avec une supériorité écrasante, ont justifié la série étonnante de leurs succès en Angleterre et ont démontré que leur renommée de joueurs exceptionnels n’était pas usurpée.
« Dans la première mi-temps, les Zélandais comptèrent 18 points (4 essais dont 3 convertis) à 3 (1 essai par les Français). Dans la seconde mi-temps, ils firent 6 essais dont 1 converti, contre 1 essai converti. Les Français se sont défendus honorablement, marquant 8 points. Le premier essai a été marqué par Cessieux, du F.C. de Lyon; le second fut plus difficile à juger, 4 hommes s’étant abattus en même temps sur le ballon. Le but fut réussi par Pujol. « La recette s’est élevée à environ 11 000 francs. Pour un jour de l’An, et par un aussi mauvais temps, ce chiffre constitue un succès.
« Après-demain, les Néo-Zélandais quitteront Paris pour regagner leur pays, après un des voyages les plus glorieux qu’ait jamais entrepris un groupe de sportifs. »
« La Dépêche du Midi », mardi 2 janvier 1906.
Il ne fut pas relaté le curieux demi-cercle formé par les joueurs de Nouvelle-Zélande avant le coup d’envoi, et leur étrange incantation, depuis connue sous le nom de « haka ».

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