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Les pionniers

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Les pionniers

Message  Alain le Jeu 10 Déc 2009 - 22:55

Voici les histoires des premiers titulaires d’une carte de joueur international français.

Amand, Henri 1er de France

Photographie : Sur ses vieux jours, Henri Amand regardait avec amour
sa cape de numéro 1 de tous les internationaux français avec
la mention ''Nouvelle-Zélande 1906''

Le jour décline. Une bonhomie paresseuse, mais parfaitement vivante, règne encore dans le village qui tarde à s’assoupir à l’image, d’ailleurs, d’un été sans complexe qui a largement empiété sur le temps de son voisin l’automne.
Mais malgré la tiédeur du soir, les volets de la petite maison blanche située là-haut, sur la butte de la Haute-Épine qui domine Villeneuve-sur-Yonne – là où la Bourgogne daigne étaler ses richesses, ses couleurs et sa lumière – sont restés clos.
‘’Henri 1er de France’’ comme nous l’avions baptisé, venait à 94 ans, sans un bruit, sans une plainte, de quitter ce monde.
Un an plus tôt, en octobre 1966, il nous avait reçus – pour les besoins d’un film de télévision – en compagnie d’un confrère britannique, et à cette occasion, il fut tout heureux d’apprendre que « de l’autre côté de la Manche », comme il disait, quelqu’un se souvenait encore de lui. « Vous vous rendez compte, moi qui suis né en 1873, au départ des troupes de Bismarck ! ». C’est un cousin, alors qu’il n’était encore qu’adolescent, qui incita Henri Amand à pratiquer ce sport – que l’on appelait encore le ‘’football’’ – avec un ballon aux formes bizarres, dans un pré à l’orée du Bois de Boulogne, derrière la tribune du champ de courses d’Auteuil. Et de se souvenir : « Au milieu, il y avait un gros marronnier. Pour échapper à l’adversaire, il m’était parfois très utile ». Membre actif du Stade Français, il en devint rapidement ‘’le capitaine… à barbe’’. C’est Pierre Garcet de Vauresmont, son équipier de la troisième ligne qui, à l’occasion d’un déplacement à Richmond en 1893, l’avait surnommé ainsi. La raison ? Des fêtes de la Toussaint à celles de Pâques, en effet, Henri Amand ne se rasait pas. Brillant chanteur à la voix de baryton, il avait une peur bleue de prendre froid à la gorge. De petite taille mais leste et rapide, il occupait le plus souvent le poste de trois-quarts-aile : « J’étais très difficile à plaquer car bon feinteur ! ».

Il jouait pourtant en ‘’bain de mer’’ comme on disait à l’époque, en parlant des sandales. Mais malin, il avait profité de ses premiers voyages en Grande-Bretagne pour s’acheter des bottines à crampons. C’était le souci numéro un de ces pionniers internationaux en arrivant sur le sol britannique.
Lors de la seconde rencontre de cette ‘’tournée’’ de quarante-huit heures en terre anglaise, pour affronter les équipes du Civil Service et Park House, il fut décidé qu’Henri Amand – tout comme Louis Dedet et Frantz Reichel – serait considéré comme international, compte tenu de son talent et de son ancienneté. Mais à l’inverse des deux autres ‘’capés’’, il disputera lui, à l’ouverture, le premier match officiel avec le ‘’vrai’’ XV de France, face à la Nouvelle-Zélande du fameux Dave Gallaher, le 1er janvier 1906.
« C’était mon véritable poste. En fait, on jouait un peu comme on voulait et n’importe comment. Les avants ne prenaient jamais le ballon et ne savaient pas quoi en faire. Le premier qui arrivait, par exemple, à l’endroit où l’arbitre avait sifflé la faute, se mettait en mêlée. A ce sujet, je garde surtout de ce match, raconta-t-il encore devant la caméra de notre confrère britannique, une impression d’impuissance. Chaque fois que je voulais percer, je me retrouvais devant un mur tout noir. Impossible de passer. Pardi : leur mêlée était plus large que les autres. Ils étaient quatre en en deuxième ligne ! ».
Henri Amand, titulaire donc de la carte d’international numéro 1, quatre fois champion de France de 1893 à 1903, et cinq fois finaliste, disputa son dernier ‘’match’’ en 1915, sur le front de Champagne, aux côtés de Géo André : « Mais il fut interrompu. Les Boches avaient envoyé des fusées éclairantes au-dessus du terrain, délimité par les… tranchées ! ».
« Sale histoire… » conclura en soupirant ‘’Henri 1er de France’’ encore tout ému de ne pas avoir été oublié… « Le seul journaliste qui était venu me voir jusqu’ici m’avait envoyé gentiment cette photo ». Et de nous la montrer, avec beaucoup de reconnaissance dans la voix. C’était notre confrère de L’Équipe Robert Roy, peu avant sa mort en 1962. C’est d’ailleurs lui qui avait redécouvert Henri Amand, dans sa petite maison blanche qui, depuis, n’existe plus…


Frantz Reichel, le grand prêtre


Il est bien vrai que les destinées des hommes sont pareilles aux feuilles des arbres. Elles vieillissent, jaunissent , se recroquevillent, tombent et, poussées par la bise, s’en vont se cacher pour mourir… Il est ainsi des noms qui n’éveillent le moindre sursaut d’un souvenir, ou qui sèment le trouble dans les esprits, lorsqu’ils reviennent au grand jour. Aussi il est bon, parfois, de faire en sorte que soient perpétuées les mémoires de ces personnages qui ont marqué l’histoire de notre jeu. N’est-ce pas notre rôle, au fait ?
Frantz Reichel : pourquoi, par exemple, une compétition réservée aux jeunes porte-t-elle ce nom ? Tout simplement parce que la loyauté et la franchise, dans le milieu du sport tout au moins, finissent toujours par l’emporter… Au moment de sa naissance en 1871, le premier coup de canon des Versaillais tombait sur Paris en pleine Commune. Et c’est pourquoi il fut officiellement baptisé : François-Etienne ‘’Obus’’. Dès sa prime jeunesse, Frantz s’adonna corps et âme au sport, car il sentit qu’il était le trait d’union idéal entre tous, quelle que soit leur religion, leur doctrine politique ou leur situation sociale. Il prit ainsi part à son développement et son organisation dans le monde et ce de 1888 à 1932, restant jusqu’à sa mort le plus actif, le plus désintéressé et aussi le plus clairvoyant des animateurs. On peut affirmer d’ailleurs qu’il fut le grand prêtre du sport. Un pionnier aussi en ce qui nous concerne ici, puisque le 19 février 1893, au sein d’une formation parisienne, sur le terrain de Myreside, à l’ombre du célèbre château surplombant Edimbourg, résidence des reines depuis Marie Stuart, il disputa une des toutes premières rencontres face à des Britanniques sur leur sol. Un ‘’échange culturel’’ qui irait, on le sait, en s’intensifiant, car les clubs de la capitale comptaient dans leurs rangs des étudiants anglais et écossais, à l’image du Havre AC ‘’port de débarquement’’ du rugby en France et précurseur.


Frantz Reichel devint ainsi, lui aussi, ‘’immortel’’ en obtenant la carte d’international numéro 2, non pas le jour de cette confrontation, mais grâce donc à sa forte personnalité et en tant que pratiquant – il est bon de le dire aussi – au sein des disciplines sportives de ce début du siècle. On le retrouva en effet champion de France du 100 mètres haies et de cross-country en 1889, recordman de la demi-heure, rugbyman donc au Racing Club de France, mais aussi au SCUF, champion de boxe, excellent escrimeur, gymnaste, et même pionnier de l’automobile et de l’aviation, en devenant avec Wilburn Wright, titulaire du record de durée avec deux passagers !
Dirigeant, journaliste, de surcroît, Frantz Reichel aura été, à l’exemple de Pierre de Coubertin et Henri Desgrange, un des grands visionnaires dont la France peut s’enorgueillir aujourd’hui.

Louis Dedet, au rugby comme à la guerre !

Photographie : Louis Dedet, troisième au second rang à partir de la gauche

Numéro 3 sur la liste des internationaux français, Louis Dedet possède une impressionnante carte de visite, bien qu’il ne figure nulle part sur les tablettes des rencontres entre deux pays de ce temps-là. En fait, il est – avec Frantz Reichel – le seul joueur reconnu officiellement comme ‘’international’’ sans avoir participé au moindre match de l’équipe de France. Mais par contre, Louis Dedet, professeur, athlète, héros de la guerre, dirigeant, arbitre, peut être cité en exemple. Il appartient en effet à cette noblesse de l’homme qui rend ‘’immortel’’. Il méritait donc bien ce ‘’titre suprême’’ : International d’Honneur. Le sportif ? Capitaine de la formation du lycée Henri IV, champion interscolaire, capitaine du Stade Français dès 1893, et champion de France à quatre reprises, responsable pendant trente ans du Collège de Normandie, modèle d’organisation pédagogique et sportive, dirigeant de son club et de la fédération de l’époque. Le 14 octobre 1900, au vélodrome municipal de Vincennes lors du Tournoi Olympique, dans le cadre de l’Exposition Universelle, il refusa de jouer et de commander une équipe de France qui allait disputer un match contre une formation allemande, le FK Frankfurt, et ce uniquement par mesure patriotique.

Par contre, il fut tout heureux de pouvoir diriger le Jour de l’An 1906, le premier match international de l’histoire du rugby français, face aux Néo-Zélandais, en visite à Paris.
Le militaire a également ses titres de gloire : en 14-18, parti comme simple soldat, Louis Dedet en est revenu avec le grade de commandant d’une compagnie d’active avec plusieurs citations et volontaire au front.
L’homme ? Professeur de philosophie à 25 ans à la célèbre École de Dominicains d’Arcueil.
Sa définition du rugby ? « Il a été pour moi le formateur exaltant qui a construit mon existence. Ce que j’ai fait, c’est grâce à lui. Ce que j’ai été, je le lui dois. Je n’en ai aucun orgueil. Finalement, j’ai conduit ma guerre comme une partie Stade Français – Racing CF. Et j’y ai même éprouvé une certaine joie. Mes chefs n’en ont pas été mécontents… Je rends grâce au rugby. Et je dis : vous tous qui avez vingt ans, jouez au rugby ! »
Il n’y a pas d’hommage plus noble…

William Crichton, international pour ses talents… d’interprète !


Comme disait le brave commentateur Roger Couderc avec son bon accent, son sens de l’analyse bien à lui et sa faconde légendaire : « Je ne comprendrai jamais la véritable raison qui a fait que la Loire a toujours été plus ou moins, et même à l’origine, une sorte de frontière qui a ‘’coupé’’ en deux la pratique du rugby. Je sais, on va me rétorquer que les Britanniques l’ont implanté principalement dans le sud de la France et à Paris, mais alors expliquez-moi pourquoi il a prospéré dans le Sud-Ouest plutôt qu’ailleurs… ». Brave Roger, qui avait décidé une bonne fois pour toutes de ne pas chercher à savoir. Mieux : volontairement de l’ignorer, estimant que le destin l’avait voulu ainsi. Voilà tout ! Il était d’autant plus convaincu que toute supposition était superflue, puisque les premières confrontations eurent lieu dans une des régions d’ovalie, aujourd’hui parmi les plus ‘’pauvres’’ en clubs et en effectifs, car c’est au Havre, en Normandie, que tout a commencé. Et oui, c’est là, dans un terrain vague, à un endroit qui est devenu la Porte Océane, à l’angle du boulevard François 1er et de la rue Augustin-Normand, qu’en 1872, les premiers rugbymen ont marqué leurs essais après avoir planté des poteaux près d’un fossé. Il s’agissait principalement de courtiers et d’étudiants anglais venus s’installer dans le coin.

A la stupéfaction des Havrais, ils créèrent d’abord un club ‘’mi-football-association’’, mi-football-rugby’’ car ils pratiquaient indifféremment les deux disciplines. Une question importante s’était posée d’ailleurs à l’époque : celle du choix des maillots. Les supporters de Cambridge voulaient le bleu marine, ceux d'Oxford le bleu ciel. On transigea et c’est ainsi que plus d’un siècle, toutes les sections du Havre Athlétique Club portent les couleurs… ‘’ciel et marine’’.
Parmi ces jeunes ‘’sportsmen’’ venus de l'autre côté du Channel : William Hay Crichton, un Anglais, qui deviendra plus tard un gros industriel en laine. Son atout majeur : il parlait parfaitement français. Qui nous démentira si nous affirmons – avec l’assentiment d’Émile Lesieur, une des vedettes du Stade Français de ce début du siècle qui joua à ses côtés à l’aile du XV de France et qui vécut presque centenaire – que c’est la raison pour laquelle il fut incorporé dans l’équipe de France, à deux reprises, en 1906 contre la Nouvelle-Zélande et face à… l’Angleterre, au poste d’arrière.
Avouez qu’il y a là un aspect insolite de voir un Britannique titulaire de la carte numéro 4 d’international français. Il avait certainement d’autres qualités, mais cela donne un aperçu de ce qu’était ce ‘’rugby de lampes à pétrole’’ du début du siècle.
Crichton était reconnaissable entre tous : il jouait toujours avec des gants noirs et un énorme protège-oreilles qui se rabattait mais qu’il ne fixait jamais, de sorte qu’il volait au vent. William Hay Crichton opéra longtemps au Havre AC entraîné par un révérend du nom de George Washington ! Il fut même rejoint au sein du XV de France par autre Anglais : E.W. Lewis, un ancien colonel de l’armée britannique. Il y avait aussi Wood, Mayer, Mason, etc.
Il avait bien raison Roger Couderc : aujourd’hui, si la tradition avait été respectée, le Havre devrait être un fief du ballon ovale. C’est bien vrai que les ‘’voix’’ du rugby sont décidément impénétrables…


Joe Anduran : international contre un… Corot

« Rendez-vous vendredi à 14 heures à la gare Saint-Lazare, à l’endroit du départ du train pour Dieppe. Messieurs Charles Brennus et Cyril Rutherford, les deux dirigeants, seront sur le quai pour vous accueillir. Surtout, soyez à l’heure ». Nous sommes le soir du réveillon, le 31 décembre 1910. La rencontre que vont disputer le lendemain nos vaillants rugbymen est importante : l’équipe de France s’apprête à faire, en effet, son entrée solennelle dans le Tournoi des Cinq Nations pour la première fois de son histoire. Or, à l’heure fixée, ils ne sont que… quatorze. Les remplaçants et un avant bordelais, titulaire, Helier Tilh, manquent à l’appel ! Ce dernier, consigné à la caserne, n’a pu avertir les responsables. Il n’y a plus une seconde à perdre.

Charles Brennus, pâle d’angoisse –comme l’écrira un confrère de la ‘’Vie au Grand Air’’ – s’engouffre dans un taxi et part à la recherche d’un quinzième homme. Il a appris justement par les gazettes que Joe Anduran, un troisième ligne du SCUF (Sporting Club Universitaire de France) – le club parisien que connaît bien Brennus et qui a damé le pion au Racing CF et au Stade Français -, vendeur de tableaux bien connu dans le milieu des Arts, a ouvert dans la matinée une exposition de peinture dans une galerie réputée de la capitale, à proximité de la rue de la Boétie. Il s’y rend donc. Les dieux sont avec lui : Anduran est là. Très occupé d’ailleurs : il est en passe de vendre un tableau de Corot. Au moment de pénétrer dans la grande salle, Charles Brennus est rejoint par deux autres dirigeants : Isambert et Cartoux. Ils ont eu la même idée.
Supplications. Ordre au nom de la « Mère Patrie reconnaissante ». Joe Anduran hésite. L’aventure le tente. Mais que va dire son épouse qui est en train certainement de préparer déjà le repas de fête de fin d’année et qui attend des amis ? Il aura effectivement droit à une belle scène de ménage. Mais sa passion pour le rugby a été la plus forte. Le temps d’enfiler un gros chandail de laine, de rassembler quelques objets de toilette et il se retrouvait quelques minutes avant que le convoi ne s’ébranle, auprès de Menrath, l’arrière de couleur de son club, et de ses autres équipiers, Houblain, Boudreaux, Thévenot, et surtout son compère Lafitte, le talonneur de son club et compagnon des nuitées parisiennes, pour ce voyage en terre britannique.
La suite fut moins drôle. Dans un vent glacial, sous la pluie, devant cinq mille spectateurs frigorifiés mais entonnant des chants gallois à donner un… frisson supplémentaire, la France encaissa dix essais, 49-14. Une belle raclée. C’est égal : Joe Anduran pouvait s’enorgueillir d’avoir été international. Il eut même le privilège exceptionnel à l’époque de recevoir la superbe carte rayée de tricolore. Il perdit ce précieux document juste avant sa mort, en 1914, sur le front.
Le destin avait fait auparavant un autre cadeau à ce rugbyman ‘’scufiste’’ : une finale de championnat de France en 1913. Une autre déculottée d’ailleurs, sept essais à deux, face à une équipe que personne ne connaissait alors dans la capitale : l’Aviron Bayonnais.

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Alain
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Humeur : ça le fait !!!

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